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Alpha Kaba publie "Esclave des milices" avec Clément Pouré


27 février 2019 /

Journaliste menacé, Alpha Kaba a fui la Guinée, son pays, sans femme ni enfant. Ce qui ne devait être qu’un exil temporaire s’est transformé en une plongée en "enfer" dans les camps libyens. Alpha Kaba participera à une présentation et une séance de dédicace de son livre (« Esclave des milices », éd. Fayard) à l’IJBA le jeudi 7 mars 2019, à 12 heures. Cette rencontre sera l’occasion pour lui de retrouver ses anciens camarades et professeurs qui s’étaient mobilisés pour lui venir en aide et lui permettre de suivre une formation de journaliste reporter d’images (JRI).



Nous reproduisons des extraits de l’interview d’Alpha Kaba publiée dans Sud Ouest Dimanche le 24 février 2019 avec l’aimable autorisation d’Emilien Gomez.

Quel rôle a joué l’Institut de journalisme de Bordeaux Aquitaine (IJBA) pour vous  ?

Je dormais à La Cabane à gratter (une association bordelaise), près de l’IJBA. Un jour, Pakito (un militant qui aide les sans-domicile dans l’agglomération) était là. Je lui ai demandé s’il avait des contacts avec une radio qui pourrait me prendre en stage. Lui-même ne connaissait pas Clément ni Elliot, deux anciens élèves. Il a dit : « Voilà un de vos collègues journalistes. » On a parlé, ils ont pris mon contact. Quand je n’avais plus d’espoir, Elliot m’a appelé. Il m’a confié à Brigitte Besse (NDLR : enseignante). J’étais encore demandeur d’asile, la préfecture m’a envoyé un courrier pour retourner en Italie. L’école de journalisme et des associations ont écrit au préfet. C’est ainsi que je suis resté, grâce à eux. Ça m’a fait du bien et ça continue à m’en procurer. En Afrique, on dit que la presse est une famille. Je suis venu trouver ça ici.

Vous êtes critique sur l’accueil des migrants en France. Pourquoi  ?

L’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) te demande d’expliquer pourquoi tu as quitté ton pays, de donner des arguments, des preuves. Mais beaucoup de migrants ne parlent pas français. Même si ton dossier est bon, un seul rendez-vous manqué et c’est fini. Les migrants n’en ratent pas parce qu’ils le veulent, mais parce qu’ils ne savent pas comment ça fonctionne. Une fois que tu es enregistré à la Pada (NDLR : plateforme d’accueil des demandeurs d’asile), il faudrait qu’il y ait une personne pour te suivre. Si tu as loupé tes premiers rendez-vous, l’Ofpra se dit que le dossier n’est pas sérieux, et te déboute. Quand c’est le cas, tu erres dans la rue, prêt à devenir fou.

À quel point est-ce difficile de revenir sur votre histoire  ?

Cela me replonge dans tout ce que j’ai vécu. Parfois, en parlant, je fais semblant, mais au fond de moi, je sais que ça ne va pas. Je me suis engagé à continuer le combat. Je ne relate pas que mon histoire, mais celle de toutes ces personnes qui sont décédées. Cela ne peut pas être une fierté. Mais je me suis investi pour que les autorités nous écoutent et viennent en aide à ces jeunes.

Qu’est-ce que vous attendez de ces autorités  ?

Il faut changer ce règlement Dublin. Il t’oblige à enregistrer tes empreintes en Italie, État où tu arrives. Quand tu quittes l’Italie, on te dit qu’il faut que tu retournes là où tu as été enregistré. Si on te le demandait avant, tu pourrais dire : “Je pars en France, je veux faire relever mes empreintes là-bas.’’ Ensuite, le fait de fermer les frontières italiennes n’est pas bien réfléchi.

Quel est votre sentiment lorsque les États disent ne pas pouvoir accueillir tout le monde  ?

Ce n’est que de la méchanceté. Ils ne le veulent pas. Il faut une bonne politique d’accompagnement, le reste est faisable. Dire que le migrant est là pour les allocations, c’est faux. Il vient se confier à toi parce qu’il n’a pas eu d’autre choix. Il veut s’installer en France, en Italie ou en Espagne parce qu’il croit qu’il pourra y trouver la paix.

A lire en version intégrale sur Sudouest.fr

Esclave des milices est publié aux éditions Fayard, rédigé en collaboration avec Clément Pouré, journaliste indépendant diplômé de l’IJBA.


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